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affiche du film Un silence

Un silence

  • Drame psychologique
  • Belgique
  • 1h39

Un film de

Joachim Lafosse

Avec

Daniel Auteuil , Emmanuelle Devos , Jeanne Cherhal

En Bref

C'est une famille bourgeoise de province, en apparence sans problème. Pourtant, derrière cette façade sans histoire se cache un lourd secret que le silence protège. Un jour, la parole finit par se délier, poussée par la honte bien plus terrible. Elle conduit dans une impasse dont il sera difficile de sortir. Chacun devra faire son voyage pour retrouver le chant du pardon avant que la culpabilité et la honte n'étouffent les innocents. Comment dans cette famille sans histoire en est-on arrivé là ?

Joachim Lafosse s'inspire de l'affaire Hissel, l'avocat des parents de Julie et Melissa, les petites filles victimes de Marc Dutroux. Il compose une fiction sur la honte et la culpabilité dans une mécanique froide et sans appel. Comme toujours, la famille est au cœur du récit, sans espoir, cette fois, de résilience. Il ne peut rester que le vide profond que le silence aura creusé pendant toutes ces années. Emmanuelle Devos incarne avec justesse et grand talent ce témoin silencieux. Est-ce par lâcheté, pour couvrir l'homme qu'elle a aimé avant ? Les questions se bousculent et chacun trouvera ses réponses. Daniel Auteuil est remarquable dans un rôle difficile, tout en économie. Il est ce prédateur embusqué depuis si longtemps que la foule finit par voir en son sein. Il a les mots justes pour expliquer son personnage : « Je vais tenter de faire vivre le personnage avant tout jugement. Je peux le jouer parce qu’à mes yeux, la perversion est un mécanisme de défense - c’est le pire mais c’en est un. François est un homme qui se débat pour qu’on ne sache pas. C’est un homme qui ne peut regarder la vérité sans quoi il s’effondrerait ». Peu à peu, les gestes cachés, la mémoire muette, les rapports des uns et des autres, démasquent une vérité qui hurlait au plus profond de l'âme. Comment vivre avec un poids aussi lourd sur la conscience ? Il devient impossible d'en sortir indemne. Il devient impossible de revenir aux jours lumineux du bonheur. Peu à peu, la vérité ronge ce couple et cause des dommages collatéraux sur les enfants. Le plus jeune ne s'en sortira pas sans conséquence, sans un traumatisme difficile à surmonter. Caroline, la fille, prend la forme d'une conscience qui ne peut plus se cacher, et pousse sa mère à dire l'indicible. C'est une autre exploration du cercle familial face à la tempête qui, cette fois, ne s'en sortira pas positivement. Joaquim Lafosse décrit un long cheminement sans appel qui, peu à peu, conduit à une fin que ne l'on n'imaginait pas. Le film compose une trame particulière de flash-back qui, au départ, cache  un objet obscur, une ambiguïté portée à son comble.Le spectateur cherche une porte de sortie sans jamais la trouver, comme les victimes de ce silence, prisonniers incapables de le briser. Il finit par enfanter un chaos quand peu à peu les morceaux de vérité se dévoilent. Les lieux, la maison, les petits pavillons alentour, sont à l'image de cette bourgeoisie de province longtemps décrite par Claude Chabrol. C'est un monde refermé sur lui-même, souvent porté par la religion. La lumière occupe une place importante avec ce clair-obscur qui marque à chaque fois, un passage, un morceau de vérité apparaissant entre nuit et lumière. Un silence affirme la spécificité, le style particulier de Joachim Lafosse qui explore une nouvelle question bien plus sombre de l'humanité à travers la famille.Patrick Van Langhenhoven