En Bref
New York et son boucan infernal, plus de 90 décibels plein les oreilles, un charivari sonore de chaque jour. New York, plutôt Manhattan, c’est ici que commence notre histoire avec Samira et son chat Frodon. Le crabe la ronge depuis trop longtemps. L’échéance est repoussée à un soupir, une note avant la fin du morceau au piano. Elle n’a plus rien à attendre de la vie, cette virée est l’occasion de la dernière pizza à Harlem. C’est ce jour que choisissent des créatures de l’espace qui ont tout intérêt à vous entendre crier. Manhattan devient le tombeau de la Grande Pomme. Tous se taisent et le moindre bruit peut causer la mort. Samira, Frodon le chat imprévisible et Éric, un type collant, vont réaliser le dernier rêve de celle-ci, une pizza, et raviver beaucoup de souvenirs à emporter de l’autre côté.
La franchise Sans un bruit s’offre un préquel proposant une nouvelle variation sur un thème simpliste, un bruit, un mort. Le premier volet de cette série B crée la surprise à sa sortie et accouche rapidement d’un second, moins surprenant, mais pas inintéressant. Après John Krasinski, c’est Michael Sarnoski, découvert lors du festival de Deauville du cinéma américain avec un film étonnant Pig. La jeune génération explose les genres pour les mélanger à sa convenance, comme Rose Glass dernièrement avec Love Lies Bleeding et Michael Sarnoski avec Pig, thriller hommage à l’art culinaire avec Nicolas Cage. Il récidive avec Sans un bruit jour 1, et c’est bien l’intérêt de basculer du fantastique à un film d’auteur sur la fin de vie. Cette dernière possibilité offre un nouveau ressort à l’intrigue. L’apport du chat, anecdotique au début, crée une tension supplémentaire avec cet animal incapable de gérer le bruit, miaou ! Alors que Samira souhaite le silence pour un dernier voyage sur les terres de son enfance, avant le cri final, elle se retrouve avec un pot de colle aussi angoissé qu’elle pour des raisons différentes. Le voyage devient celui du dernier partage entre humains car demain, le silence sera de mise. C’est une réflexion sur la fin de vie et comment accepter un point final, alors que l’on s’imaginait éternelle. La dernière séquence est remplie d’émotion grâce au jeu de Lupita Nyong'o, Samira et une chanteuse de jazz sur un morceau connu. Ce choix ne devrait pas plaire à tous ceux qui attendent beaucoup de bruit et pas mal de cadavres. Le film repose sur le jeu de Lupita Nyong'o et Joseph Quinn dans un questionnement sur la fin de vie en écho à celle du monde. La mise en scène se la joue feutrée et plus vive avec les créatures, utilisant les lieux comme un personnage supplémentaire pour créer une tension de l’espace entre bruit et silence. Ce dernier volet est plutôt réussi pour notre part, et plus proche d’un film d’auteur que d’une série B à qui il emprunte son thème pour explorer les portes de l’Hadès. Patrick Van Langhenhoven