En Bref
« Certains disent que Sam Spade était le plus grand détective privé de tous les temps.   Certains disent que Sam Spade était le plus grand détective privé de tous les temps à San Francisco. Tout dépendait du bar où vous étiez quand vous posiez la question. Désormais il y a ceux qui disent qu’il vit quelque part dans le sud de la France. Tandis que d’autres disent : « En France ? Spade ? Jamais de la vie ! »Une chose est certaine. Sam a disparu des radars dans les années cinquante. On ne le voit plus hanter les bars de San Francisco avec sa silhouette imposante. Il était parti pour la France pour une mission particulière. Brigid O'Shaughnessy, une ancienne conquête, lui avait confié la jeune Teresa pour la ramener à sa grand-mère en France. C’était quelques années après l’affaire du Faucon maltais. Vous imaginez l’introuvable Sam Spade jouer les facteurs ? Vous me direz que depuis longtemps il trainait son spleen dans San Francisco en quête de cette Moisson rouge des beaux jours. C’est pourtant là-bas, à Bozouls, qu’il installe ses pénates et épouse Gabrielle. Le vieux teigneux, le type à qui il ne fallait pas la faire, le Sang maudit, devient un rentier au bord de sa piscine. Huit ans plus tard, veuf, l’assassinat d’une religieuse dans ce couvent perdu où étudie Teresa réveille le fauve qui sommeille en lui. Le voilà lancé dans une enquête pour les beaux yeux de la gamine. Bozouls nid d’espions n’a qu’à bien se tenir, la dentelle n’est pas son fort, il trouvera bien La clef de verre pour ouvrir cette boîte de Pandore.
Mister Spade est une mini-série franco-américaine créée par Scott Frank et Tom Fontana. Elle reprend le personnage de Sam Spade créé par Dashiell Hammett, incarné par Clive Owen dans un esprit plus mélancolique que nostalgique. Sam Spade pensait laisser derrière lui une vie sans cesse sur le gril à sauver la veuve plus que l’orphelin. Justement, c’est une belle veuve, Gabrielle, qui le prend dans ses filets. Il imaginait trouver à Bozouls un petit paradis oublié du monde. C’est à se demander s’il n’attire pas les ennuis. Bozouls n’a pas besoin de Mister Spade pour créer son petit enfer. Déjà par son passé chargé pendant la guerre, c’est une fourmilière révélant bien d’autres tourments. Mister Spade s’aperçoit que pas mal de monde cache un petit secret qu’il n’est pas bon de faire ressurgir. C’est donc le traumatisme de la guerre et sa cohorte de partisans, profiteurs, adeptes du marché noir, collabos, résistants que le film explore dans un premier temps. Il est en écho avec la suite de l’histoire, bien des années plus tard, et une autre guerre, celle de l’Algérie.Nous passons des années 50 de l’après-guerre aux années 60 de la guerre d’Algérie. Au cœur du récit, un enfant est bien malgré lui l’enjeu de quelques barbouzes dans l’esprit du Jeu de la Dame, quand le jeu d’échecs cachait bien d’autres choses. Spade, avec sa réputation, réveille le diable dans sa boîte qui ne demande qu’à sortir. Il va lui falloir mettre le mystère bien plus que KO. Il devra jouer de son intelligence et de sa perspicacité pour mettre à jour une humanité qui n’est toujours pas bien belle à voir. Le Spade de Dashiell Hammett se rapproche du Philippe Marlowe de Chandler, un des autres maitres du roman noir. C’est bien en jouant en arrière-fond de cet esprit du roman noir, plus que dans la forme, que l’on s’approche du film d’espionnage. La série dévoile une galerie de personnages complexes, de Gabrielle, le dernier grand amour de Spade à Michaud, le flic et son frère. Entre les deux se glisse Philippe Saint-André, un ancien baroudeur au passé bien plus sombre que Spade, une jeune chanteuse de cabaret, Marguerite Devereaux, son mari traumatisé par la guerre d’Algérie et ses débordements. Nous continuerons la liste avec un duo d’Anglais sympathiques qui fourrent leur nez un peu partout. Ils se montrent bien différents sur la fin. Teresa, la jeune fille que protège Spade, découvre une vérité qui remet en cause sa relation avec le privé. Un jeune soldat qui en pince pour la belle, etc. C’est l’occasion pour les scénaristes d’aborder jusqu’en son tréfonds, la noirceur de l’humanité. Il n'y en a pas un pour rattraper l’autre, même les religieux sentent le soufre. Les femmes ne sont plus des vamps mais elles n’en mènent pas moins les hommes par le bout du nez. Les hommes ne cognent pas avant de causer. Le monde change, mais le fond reste le même, avec des désirs de pouvoir, d’argent facile, de belles femmes dociles. Clive Owen compose un Sam Spade en quête de tranquillité fuyant la noirceur d’un monde qu’il préfère laisser derrière lui. La série doit beaucoup à ses rouages complexes, ses nombreux jeux de miroirs d’une époque à une autre, et ses comédiens parfaits dans une galerie réduite des misères de l'humanité.Patrick Van Langhenhoven