En Bref
Cette histoire commence dans une orgie de débauche, un chant baroque et flamboyant de l'impossible excès. En ce temps-là, le cinéma était muet. Il prenait son envol dans un petit coin perdu de l'Amérique. C'est dans ce bruissement des caméras, dans l'antre des soirées des années folles que Nelly Laroy, propulsée dans la lumière, devient le premier sex-symbol. Elle portera l'excès jusqu'à la démesure, finissant par se perdre dans l'aube naissante. Dans l'ombre, Manny Torres règle les petits problèmes des uns et des autres. Il devient incontournable pour masquer les écarts et petites misères d'un Hollywood en mutation. C'est dans cette vague de liberté anarchique qu'ils tracent leur ligne de vie. C'est le premier balbutiement de ce qui deviendra une industrie importante avec l'arrivée du parlant. Certains seront sacrifiés sur l'autel de ce dernier, comme Jack Conrad, star du muet, Lady Fay Zu, envoutante et sensuelle. C'est la fin d'une époque qui se meurt dans le crépuscule d'un soleil couchant d'une scène biblique abandonnant le rêve et la liberté. Toutes ces vies passeront de la lumière à l'ombre, parfois de façon dramatique, dans un tourbillon, une folle course se perdant dans l'infini. L'amour de Nelly et Manny triomphera-t-il de cette tourmente comme une île dans la tempête ? Est-ce un fragile bateau qui se meurt avant de quitter le port ? P { margin-bottom: 0.21cm }
En cinq films, Damien Chazelle impose son univers particulier dans une folle course en avant. La musique devient un personnage filmé, gros plans d'instruments, la trompette annonçant la débauche des rois et reines du cinéma. Il marque le temps qui file vers l'horizon et les passages imposés par un récit baroque. A l'image de Cecil B. DeMille, Chazelle propose une composition magnifiée du monde, imposante, où vient se nicher l'intime. La séquence d'ouverture, à elle seule, est un monument qui restera dans l'histoire du cinéma. Dans un plan séquence comme les affectionne le réalisateur, se dévoile Hollywood et son univers impitoyable. C'est le temps des orgies, à la Fellini ou à la Pasolini, débauche, liberté et anarchie. Dans ce maelström des corps surgit la silhouette de Nelly Laroy, remarquable Margot Robbie. Elle est ce monde de l'excès, d'une liberté folle que rien ne peut retenir. Elle deviendra le premier sex-symbol d'un monde qui n'a pas fini de créer et jeter ses idoles. Le personnage s'inspire de Clara Brown. Pendant ce temps, dans l'ombre, une autre figure agit, Manny Torres, magnifiquement interprété par Diego Calva. Il se charge de mettre la poussière sous le tapis. Une histoire d'amour s'ébauche entre ces deux cœurs perdus dans un monde qui finira par les broyer. Li Jun Li incarne Anna May Wong, imposant le silence à cette cohue en rut. Elle nous fait penser à ces chanteuses noyées dans la fumée des cabarets de Shanghai. Brad Pitt interprète un acteur du muet, mélange de Douglas Fairbanks et de John Gilbert... Ils inscrivent leur histoire personnelle entre tragédie et oubli dans ce moment magique. C'est l'univers flamboyant du muet dans une folle course créative comme les aime Damien Chazelle. Le spectateur est emporté dans cet instant de tous les possibles, inventif, libre, que le parlant rendra muet à jamais. C'est le passage à la parole, sacrifiant sur l'autel de l'industrie naissante ses idoles. C'est le règne des grands patrons des studios qui codifieront cet univers anarchique et ces nouvelles stars. Comment se construire, avancer dans cet univers sans perdre son âme, c'est ce que nous dit en partie le film. C'est une question qui demeure encore aujourd'hui d'actualité. La carrière et les choix des acteurs du film et du réalisateur en est une des réponses. Plus que Sodome et Gomorrhe et la débauche que dieu punit, c'est ici le baroque flamboyant du roi danse avec la création comme âme. Entre les plans séquences, la course folle, se glisse l'intime, la réflexion plus profonde sur notre place au sein du monde. Patrick Van Langhenhoven P { margin-bottom: 0.21cm }