En Bref
Perdu au cœur de la jungle malaisienne, le docteur Holk soigne les indigènes avec beaucoup d'abnégation et d'alcool. C'est le seul médecin loin de la ville qu'Hélène de Haviland trouve pour effacer sa faute. Elle est enceinte des œuvres de son jeune amant et espère avorter avant le retour de son mari. Holk accepte à condition que la belle se donne à lui. Fou d'amour, il est prêt à transgresser sa morale pour les beaux yeux de la belle. Elle refuse et finit dans les mains d'un charlatan qui la laisse mourante. Pour sauver l'honneur de cet amour qui l'obsède, Holk tente de lui éviter le voyage avec Caron. Au loin, le mari d'Hélène revient, le temps presse pour laver l'honneur avant qu'il ne soit trop tard.
Pour les curieux, la nouvelle de Stefan Zweig, Amok ou le Fou de Malaisie a été adaptée en 1927 : Amok du Russe Kote Marjanishvili, 1934 : Amok de Fedor Ozep, 1944 : Amok de l’Espagnol Antonio Momplet avec Maria Felix, 1982 : Amok du Marocain Souheil Ben Barka avec Miriam Makeba, 1993 : Amok du français Joël Farges avec Fanny Ardant. Une fois de plus, Pathé nous surprend par la qualité du travail de mastérisation et en exhumant du fonds un film oublié. C'est le deuxième film de Fedor Ozep, réalisateur russe en exil en France. Il adapte une nouvelle de Stefan Zweig, Amok ou le Fou de Malaisie. Les premières images sont impressionnantes, exotiques, dans l'esprit de la colonisation de l'époque. Pourtant le film s'en démarque assez rapidement pour se centrer sur Hélène de Haviland et le docteur Holk. C'est une performance de comédien avec Marcelle Chantal, vedette de l'époque, tout en retenue aux dialogues minimalistes. A l'inverse, Jean Yonnel de la Comédie française propose un docteur Holk sous l'emprise de la folie amoureuse, tout en excès. C'est le long cheminement d'un homme fou d'amour qui n'hésite pas à se trahir lui-même et en mourir. Face à lui, Hélène est une femme délaissée, aussi bien par son mari que plus tard par son amant qui n'a que faire d'une femme enceinte. Fedor Ozep évite les écueils de l'exotisme, qui reste une toile de fond, renforçant la solitude et l'oubli des deux personnages principaux en se concentrant sur leur relation et leurs sentiments. Hélène comprend vite que son jeune amant, qu'elle aime follement, se moque bien de sa situation. Le film se montre très moderne, dans le cœur de son sujet qu'il explore profondément. Tourné en studio, le chef-opérateur Curt Courant, qui avait travaillé avec Fritz Lang, joue sur le clair-obscur pour magnifier l'histoire.Les mouvements de caméra et particulièrement les travellings du début sont remarquables. L'atmosphère et les décors doivent beaucoup à Lazare Meerson et Alexandre Trauner qui reconstituent une jungle plus vraie que nature. C'est sans doute l'une des meilleures adaptations de la nouvelle de Stefan Zweig. Nous retrouvons la complexité des personnages, propre aux grands auteurs russes et à Stefan Zweig. Le réalisateur comme l'écrivain aiment ces femmes au caractère bien trempé, assez rares à l'époque. Fréhel interprète dans le bouge J'attends quelqu'un. Ce sont de nombreuses raisons pour redécouvrir le film et le réalisateur qui marqua son époque. Patrick Van Langhenhoven
bonus: « Fédor Ozep, cinéaste nomade » par Cécile Dubost (2023, 8’13”)« Amok, un film aux accents slaves » par Cécile Dubost (2023, 22’44)« Amok, un film féminin » par Cécile Dubost (2023, 15’29”) P { margin-bottom: 0.21cm }